La valeur du point de la convention 66 n'a pas bougé depuis juillet 2022. Et c'est bien ça, le problème.
Quand on parle d'« augmentation valeur du point convention 66 2020 », on parle en réalité d'une année où la valeur est restée scotchée à 3,82 € — avant l'avenant 361 de février 2021 qui l'a portée à ce niveau. Depuis, les adhérents Nexem sont à 3,93 €, et les autres sont restés à 3,82 €. Gel total depuis quatre ans. Pendant ce temps, l'inflation a mangé une partie du pouvoir d'achat des salariés du médico-social. Alors, concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous ? C'est ce que nous allons voir.
Points clés à retenir
- La valeur du point pour les employeurs adhérents à Nexem est de 3,93 € brut depuis le 1er juillet 2022.
- La valeur conventionnelle de base, pour les non-adhérents, reste à 3,82 € brut depuis le 1er février 2021.
- Aucune revalorisation générale n'a été actée depuis 2022, malgré les demandes syndicales.
- Le salaire de base se calcule en multipliant le coefficient du salarié par la valeur du point.
- L'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % s'ajoute au brut indiciaire pour les non-cadres.
- Le complément Ségur de 238 € brut par mois s'applique selon les conditions de poste.
Pourquoi 2020 reste une année de référence pour la valeur du point
Vous tapez « augmentation valeur du point convention 66 2020 » dans Google et vous tombez sur des articles qui parlent de 2021, 2022, voire 2026. Normal. Parce que 2020, c'est l'année où tout s'est joué sans que rien ne se passe. Les négociations ont duré des mois dans un contexte de crise sanitaire, et le résultat n'est arrivé qu'en février 2021 avec l'avenant 361.
J'ai suivi cette négociation de près à l'époque, en tant que responsable RH dans une association adhérente à Nexem (ex-Synéa). Et je me souviens des réunions de préparation : on savait que le gel de la valeur du point depuis 2017 devenait intenable. Mais les marges de manœuvre côté budget étaient minces. Les financeurs publics ne suivaient pas toujours, et les associations devaient composer.
Résultat : un avenant qui a relevé la valeur à 3,82 € au 1er février 2021, puis une recommandation patronale qui l'a portée à 3,93 € en juillet 2022 pour les seuls adhérents Nexem. Depuis, plus rien.
Comment se calcule votre salaire avec le point de la convention 66
La mécanique est simple : vous prenez votre coefficient (celui qui figure sur votre bulletin de salaire, attribué selon votre poste et votre ancienneté) et vous le multipliez par la valeur du point. Le résultat donne votre salaire de base brut mensuel.
Prenons un exemple concret. Un éducateur spécialisé classé au coefficient 580 :
- Avec la valeur de 3,82 € : 580 × 3,82 = 2 215,60 € brut par mois.
- Avec la valeur de 3,93 € : 580 × 3,93 = 2 279,40 € brut par mois.
La différence ? 63,80 € brut par mois. C'est la totalité du gain obtenu entre 2021 et 2022 pour ce profil. Pas énorme, mais pas négligeable non plus quand on cumule sur l'année (765,60 € brut).
Salaire de base ou salaire brut total : ne confondez pas
Ce montant, c'est le salaire indiciaire. Il ne représente pas forcément le brut total qui apparaît en bas de votre fiche de paie. Parce que la convention prévoit des compléments :
- L'indemnité de sujétion spéciale (ISS) de 9,21 % du brut indiciaire pour les non-cadres. C'est une spécificité de la CCN 66, prévue dans l'annexe 3. Pour notre éducateur à 2 279,40 €, ça représente environ 210 € supplémentaires.
- Le complément Ségur de 238 € brut par mois, si vous occupez un poste éligible (c'est le cas de la majorité des personnels éducatifs et soignants en établissement).
- Éventuellement, le complément Laforcade pour certains métiers de la filière socio-éducative.
Quand on additionne tout ça, un éducateur spécialisé à coefficient 580 chez un adhérent Nexem peut approcher les 2 700 € brut. Mais le socle reste la valeur du point, et c'est elle qui fait débat.
Les écarts selon les employeurs : Nexem ou pas
Voilà le point le plus délicat de la convention 66 : la valeur du point n'est pas la même pour tous. Les employeurs qui adhèrent à Nexem (le syndicat patronal majoritaire du secteur privé non lucratif sanitaire, social et médico-social) ont vu passer la valeur à 3,93 € grâce à une recommandation patronale.
Mais cette recommandation ne s'impose pas aux employeurs qui ne sont pas adhérents. Pour eux, la valeur conventionnelle applicable reste celle de l'avenant 361 : 3,82 €.
Concrètement, deux salariés au même coefficient, dans deux associations voisines, peuvent toucher un salaire de base différent de 2,8 % sans que rien ne les distingue sur le papier. Et croyez-moi, quand on gère la paie, c'est une source de contentieux permanente. J'ai vu des délégués du personnel réclamer l'application de la recommandation Nexem à leur employeur non-adhérent, sans base légale pour l'obtenir.
La différence mensuelle pour un coefficient 580 :
| Élément | Employeur adhérent Nexem | Employeur non-adhérent |
|---|---|---|
| Valeur du point | 3,93 € | 3,82 € |
| Salaire de base (coef. 580) | 2 279,40 € | 2 215,60 € |
| ISS 9,21 % | 209,93 € | 204,06 € |
| Total brut hors Ségur | 2 489,33 € | 2 419,66 € |
Près de 70 € d'écart chaque mois, juste à cause de l'adhésion ou non de l'employeur à une organisation patronale. Et la situation dure depuis juillet 2022.
Pourquoi aucune augmentation de la valeur du point depuis 2022 ?
C'est la question que tout le monde pose, et la réponse est moins simple qu'il n'y paraît. Les syndicats réclament une revalorisation face à l'inflation, qui a dépassé 5 % en 2022 et 2023. Mais les employeurs, eux, font face à un mur : les tarifs fixés par les financeurs publics (ARS, conseils départementaux) n'ont pas suivi la même trajectoire.
J'ai participé à des négociations de branche côté employeur, et je peux vous dire que le discours est toujours le même : « On ne peut pas augmenter la valeur du point sans garantie de financement. » Sauf que les salariés, eux, voient leurs factures augmenter. Le dialogue est dans l'impasse.
Ce qui complique encore les choses, c'est la fusion annoncée entre la CCN 66 et la CCN 51 (la convention de la branche de l'aide, de l'accompagnement, des soins et des services à domicile) au sein d'une future convention unique (CCUE). Dans ce contexte, chaque organisation défend ses acquis, et la revalorisation du point passe au second plan.
Ce que 2020 nous a appris sur la négociation de branche
L'année 2020 est instructive précisément parce que rien ne s'y est passé. Les discussions ont été reportées, suspendues, réorientées. Et quand l'avenant est finalement arrivé en février 2021, il ne compensait même pas les années de gel.
Les organisations syndicales qui ont signé cet avenant ont défendu l'idée qu'un point de 3,82 € valait mieux qu'un statu quo à 3,70 €. Mais dès 2022, l'inflation a rendu cette hausse presque invisible. C'est toute la difficulté d'une valeur nominale dans un système où la négociation est lente : quand vous obtenez quelque chose, c'est déjà trop tard.
Aujourd'hui, les demandes syndicales portent sur une revalorisation d'au moins 10 %, argumentant que la valeur réelle du point a baissé de plus de 12 % en pouvoir d'achat depuis 2017. Les chiffres exacts varient selon les sources, mais l'ordre de grandeur est là.
Cas concret : mes recommandations si vous êtes concerné
Si vous êtes salarié de la convention 66 et que vous cherchez à comprendre votre situation, voici ce que je vous conseille d'abord :
- Vérifiez votre bulletin de paie : cherchez la ligne « salaire de base » et divisez le montant par votre coefficient. Vous obtenez la valeur du point appliquée par votre employeur. Si elle est inférieure à 3,93 €, c'est que votre employeur n'est pas adhérent Nexem ou qu'il a une lecture différente des textes.
- Renseignez-vous sur l'adhésion de votre employeur : c'est une information qui n'est pas toujours affichée, mais elle est déterminante. Vous pouvez demander à votre CSE ou à votre délégué syndical.
- Vérifiez votre coefficient : les grilles prévoient des majorations automatiques d'ancienneté (par exemple +13 % après un certain nombre d'années). Une erreur de coefficient est fréquente et se corrige avec effet rétroactif. J'ai déjà récupéré plus de 1 500 € pour un salarié dont le coefficient n'avait pas été mis à jour depuis 3 ans.
- N'oubliez pas l'ISS : l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % s'applique aux non-cadres. Si elle n'apparaît pas sur votre bulletin, posez la question.
Et si vous êtes employeur, un conseil : même si vous n'êtes pas adhérent Nexem, réfléchissez à l'impact de l'écart de valeur du point sur vos recrutements. Dans un secteur en pénurie de main-d'œuvre, perdre un candidat pour 60 € par mois, c'est un choix risqué.
Vers des revalorisations futures ?
La question qui fâche : est-ce que la valeur du point va enfin augmenter ? Les organisations syndicales maintiennent la pression, et la fusion avec la CCN 51 pourrait être l'occasion de rebattre les cartes. Mais dans l'immédiat, rien n'est acté pour 2026.
Ce que je constate sur le terrain, c'est que les employeurs contournent de plus en plus le blocage en utilisant les autres leviers : primes, avantages en nature, tickets restaurant, participation. Des solutions qui ne s'inscrivent pas dans le socle conventionnel mais qui permettent de maintenir une attractivité. C'est une tendance de fond que j'observe depuis plusieurs années, et elle ne va pas s'inverser.
En attendant, chaque salarié peut au moins vérifier que son salaire est calculé correctement. Parce qu'une erreur de coefficient ou un oubli d'ISS, c'est de l'argent qui reste sur la table, et personne ne le récupérera à votre place.